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| La méthode |
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Témoignages |
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Annie GUILLAUME - Formatrice au centre social de Bollène
Alphabétisation et insertion sociale
J’exerce depuis déjà six ans, des fonctions de formatrice et de coordonnatrice d’action linguistique au sein d’un Centre Social à Bollène dans le Vaucluse.
L’histoire commence en 1992 : la ville de Bollène met en place le contrat d’agglomération.
Des pistes de travail se dégagent concernant l’isolement des femmes d’origines étrangères, concernant le non accès aux droits de celles-ci et leur non maîtrise de la langue française.
Une association de « Femmes Relais » est créée et mon intervention, dans un premier temps, consiste à apporter des conseils, un soutien dans la gestion et la mise en œuvre d’action sociale. Très vite, il devient urgent pour ce public de soutenir des actions linguistiques, il s’agit essentiellement de femmes analphabètes et résidant en France, pour certaines, depuis déjà plusieurs années.
Il m’a fallu quatre années pour la construction pédagogique et didactique de mes interventions. Celles-ci ont été surtout essentielles à la connaissance et à la compréhension de ce public. En effet, entrer dans les apprentissages pour ces publics (peu ou pas scolarisés) implique de laisser derrière soi des représentations de l’écrit, afin d’ouvrir de nouvelles portes, celles du savoir livresque, qui ont été jusqu’à ce jour, fermées à double tour. De plus la compréhension des modes culturels, familiaux, personnels, interculturels représente un travail d’approche incontournable dans la mise en place d’un plan de formation avec les apprenants.
Après ces années de tâtonnement didactique et pédagogique s’imposent à moi des logiques que je n’aurais pas présupposées. Les apprenants analphabètes, outre le fait d’apprendre à lire et à écrire, aspiraient à la connaissance, la connaissance universelle qui fait de nous ce que nous sommes.
Jentrepris donc d’axer ma méthode pédagogique autour de la structuration, à partir de leur questionnement, car il faisait défaut à ces personnes analphabètes. De la même façon, j’illustrais mon propos et mes séquences de l’histoire de l’humanité et je superposais les enseignements et les disciplines mais sans approche globale.
A partir de 1999, ma quête de reconnaissance et de confirmation que je ressentais sur le terrain avec les personnes, n’était pas qu’une impression. Je recherchais des personnes pouvant confirmer ou infirmer mes analyses. Cette recherche m’a conduite par des détours que je ne maîtrise plus, à rencontrer en 1999, Madame Marie Madeleine Chassériaud. Et alors quel bonheur de s’entendre dire et confirmer que l’approche didactique que je préconisais n’était pas une vue de l’esprit et encore moins saugrenue. D’ailleurs à ce titre, j’ai commencé au Centre Social avec un groupe de 12 personnes et 6 ans plus tard, à la rentrée 2006, ce sont près de 70 personnes qui sont inscrites au cours.
Les personnes analphabètes n’aspirent pas, comme nous le laisseraient supposer les programmes savamment pensés par les « lettrés « , uniquement au déchiffrage (b-a ,ba), et à l’injonction de savoir écrire les documents administratifs (authentiques) Les personnes ont le droit et aspirent à la connaissance, pour se construire en tant qu’individu, mais aussi pour construire leurs apprentissages. L’un ne va pas sans l’autre, et l’expérience me le montre tous les jours, ainsi que les personnes inscrites dans ce cursus qui en font elles-mêmes la publicité. Se repérer dans le temps (présent-passé) permet aux personnes de se propulser dans l’avenir (et la grammaire n’en est que mieux perçue, avec ses codes et ses conjugaisons. Se repérer dans l’espace, savoir d’où l’on vient par quels chemins et quelles mers, permet de se déplacer même pour prendre le bus à côté de chez soi. Ces repérages permettent de couper les peurs de l’inconnu. Se réapproprier enfin le monde, exister, s’exister, permet de donner du sens aux apprentissages, et la technique du « savoir lire » devient moins rébarbative.
Cette approche répond tout à fait à la cohérence d’action à proposer dans un centre social qui se doit de permettre aux habitants d’accéder aux droits en aidant les personnes les plus démunies. Mais surtout les actions linguistiques favorisent le lien social et l’émergence de la citoyenneté active et comprise. Prétendre en 2006, pouvoir vivre en ne sachant uniquement déchiffrer (savoir lire) et graphier (savoir écrire) serait nier un droit fondamental des êtres humains à s’inscrire dans une histoire globale de l’humanité, mais surtout et cela me semble cruciale après toutes ces années d’expérience, à se retrouver et à construire dans celle-ci, leur propre histoire. Afin d’affronter le monde, comprendre leurs enfants, renouer avec la vie publique, et de nouveau s’estimer, car trop souvent nous oublions cette dimension qui conduit quelquefois à la violence et au rejet de tout.
J’ai confiance en l’avenir, et tous les jours dans mes cours, nous construisons ensemble cet avenir.
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Nicolas Zavialoff - Professeur de linguistique - Laboratoire des Sciences de la cognition (Université de Bordeaux II)
L'ouvrage de MME Chasseriaud comporte trois volets. D’abord sont décrites, à travers une expérience personnelle, la mise en place d’un processus d’adaptation d’une formatrice à ses apprenants illettrés ou analphabètes et la transposition, chez ses apprenants, de ce même processus. La méthode de formation obtenue s’est nourrie de lectures justifiant ce que le terrain pouvait révéler. Découverte, parfois dans l’urgence, loin des structures de recherche en pédagogie, mais dans le cadre des activités d’associations présentes à Périgueux, cette méthode a ensuite trouvé un écho et un prolongement dans d’autres lieux de travail de formation : en témoignent des réflexions d’acteurs qui en soulignent la portée et certaines limites. Puis est présenté en annexe, de façon condensée, le contenu des matières enseignées du point de vue de leur transversalité (ces matières font l’objet d’ouvrages particuliers).
Ce point de vue qui n’est probablement pas facile à appliquer sans une certaine rigueur, découle d’une autre idée surgie au cours d’une pratique de formation face à des adolescentes déstabilisées : rapporter le sens de ce qui est appris, lu, écrit au concept de l’Evolution. C’est ainsi que s’est imposée (Vallée de la Vézère proche avec sa richesse préhistorique oblige) l’idée de « chaîne historique », de « chaîne de vie ».
Depuis plusieurs décennies, on souligne à quel point peut être important le rôle de la langue véhiculant une culture, rôle qui détermine non seulement des inégalités sociales, mais aussi, chez tel ou tel sujet, la prise de conscience indécise de son identité.
La démarche décrite dans cet ouvrage fait émerger précisément chez les apprenants une conscience d’appartenance à l’universalité et à la diversité biologique et culturelle. L’histoire du vivant et l’histoire de l’humain qui en émane ne se fondent pas sur une culture dominante, un langage normatif, inaccessibles, refusés et souvent détestés par des apprenants sollicitant par ailleurs une aide. Ces histoires ne peuvent être présentées au détriment absolu des pratiques langagières et culturelles propres à ces groupes « déstructurés » qui attendent, avant que ne s’installe une certaine déchéance, l ‘accès au travail et une place dans l’organisation sociale.
Un des moyens d’insertion à ces « histoires », à ces mémoires collectives est, au plan de la méthode, la déparcellisation des matières, c’est-à-dire cet enchaînement des connaissances jusque-là contenues de façon dispersée dans des disciplines cloisonnées. Ainsi s’effectue l’intégration de l’expérience et de la mémoire individuelle à la dynamique de la vie et de ses apprentissages.
Certes, le contenu thématique des « chaînes » proposées peut être toujours critiqué mais ce qui compte aussi, c’est que, en les découvrant, les apprenants (comme les formateurs) mettent en place, dans le cerveau, des processus mentaux qui contribuent à développer les actions de compréhension et de mémorisation du monde. A ces processus cognitifs s’ajoutent ceux qui permettent l’évaluation (l’émotion étant inséparable des idées), sorte d’appréciation des perceptions et connaissances anciennes et nouvelles, attitude critique qu’autorise l’activité transactionnelle de nos hémisphères cérébraux sur le base des processus particuliers d’apprentissage, de mémorisation dont une fonction particulière revient à l’hippocampe .
Aucune méthode ne peut prétendre à la perfection (on peut regretter la présence dans cet ouvrage de qualificatifs excessifs !), mais une certaine confiance, des résultats positifs témoignent en faveur d’une application de cette méthode.
Peut-être le Projet Rotation Emploi /Formation nécessite de répondre à quelques questions. Si, par exemple, les « beaux textes » peuvent contribuer à enrichir la culture langagière (grammaticale entre autres), si les « chaînes » évoquées aident les apprenants (salariés) à mieux se positionner dans le temps et l’espace et à être conscients de leur situation culturelle, cela ne signifie pas qu’il faille perdre de vue le rôle des connaissances acquises : quelle place occupent-elles en formation générale dans le recrutement des employés, au niveau d’une formation professionnelle initiale et continue, au niveau des situations d’apprentissage technique, etc. ?
Certes, la formation proposée se situe dans le cadre d’un projet, où les exigences des employeurs peuvent être négociées s’il est permis d’avoir une représentation exacte des compétences et des savoirs des salariés. Une évaluation (de l’extérieur) des pratiques et des résultats dans tous les domaines de la formation proposée ne serait pas superflue étant entendu que la méthode de Marie Madeleine Chassériaud fait ses preuves au niveau de ses grands principes.
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Marie Claude MORSETTI - Orthophoniste
Dans l'intérêt que je porte sur la diversité des acquisitions troublées du langage écrit, allant jusqu'à l'illettrisme, je rencontrai Marie Madeleine Chassériaud se consacrant depuis de longues années à un travail constructif auprès de jeunes adultes, afin de lutter contre l'illettrisme, fléau social de la fin du XXème siècle. Au travers de nombreuses discussions passionnées, par le biais de rencontres professionnelles, d'expériences et de travail auprès d'enfants et adolescents, j'ai pu comprendre et apprécier l'organisation de sa méthode de travail.
Cette méthode que j'ai comprise, comme étant le but pour s'approprier du savoir et de la connaissance, afin que l'individu trouve ses propres chemins de réflexion vers la compréhension du monde.
En tant qu'orthophoniste, je m'intéresse à la question suivante : "Comment lisent-ils ou plutôt, comment lisent-ils efficacement ?". Le langage écrit est un "système" à double fonctionnement, ou plus précisément double stratégie (globale et analytique) dont il faut connaître la structure et les lois.
La Méthode de MM Chassériaud apporte une réponse solidement structurée, équilibrant l'alternance de ces deux attitudes mentales : "Analyse et synthèse".
Je suis heureuse de constater que les enfants et adolescents qui ont pu bénéficier d'une prise en charge orthophonique et d'une "remédiation pédagogique" par la méthode de Madame Chassériaud ont très rapidement retrouvé un niveau scolaire satisfaisant.
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Véronique LEFEVRE - Psychologue
Prestataire de service au Centre Inter institutionnel de bilan de compétences (CIBC) depuis 1994. J'effectue des bilans de compétences auprès de jeunes et d'adultes pour les aider dans leur recherche d'enploi ou dans le cadre d'une orientation professionnelle. J'ai rencontré Madame Chassériaud afin de compléter le parcours de certains jeunes et adultes, intervenir sur le champs des connaissances et activer une restructuration.
Marie Madeleine Chassériaud les restitue dans l'histoire, dans leur histoire, dans le monde de l'écriture, de symboles et ils découvrent qu'ils ont leur place dans ce monde, que sans le savoir, ils "collent" eux aussi à la culture. Ce bien-être acquis créé du sens, des liens et les oblige à une logique dans l'histoire, dans leur manière d'appréhender les problèmes de la vie. Le second constat est que la méthode va réactiver ce que certaines personnes avaient perdu, c'est-à-dire le sens de la volonté. L'envie d'apprendre leur permet d'accepter la volonté qu'ils devront mettre pour assimiler les connaissances concrètes et abstraites.
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Sylvie LEVEY - Journaliste et enseignante au Burkina Faso
Si Marie Madeleine Chassériaud n'avait pas été habitée par la passion de l'application de sa méthode, nous n'aurions pas pu l'aider à écrire son livre "La formation par l'accès à la connaissance". Son goût du "bien faire", elle l'exerce à deux niveaux; dans la préparation méticuleuse de son travail et dans le bonheur qu'elle trouve à "faire comprendre" à des personnes combien il est merveilleux de découvrir sa culture.
La souffrance intellectuelle l'interpelle sans cesse; moi aussi elle m'interpelle et le chemin de Madame Chassériaud dans les dédales de la transmission des connaissances m'a permis de mieux comprendre mon propre chemin. Mon expérience éducative commence en Afrique au Burkina Faso. J'ai une formation de journaliste, je travaillais alors au service de Presse de l'Ambassade de France; en Afrique, aider les autres c'est une seconde respiration et naturellement, je me suis tournée vers les multiples problèmes liés aux enfants. L'enfant africain est sensible à deux phénomènes culturels majeurs : le rythme des sons et son environnement géographique. Plus tard l'aïeul captivera son imaginaire par des contes aussi merveilleux que leur vie est simple.
Ainsi, pour en revenir à la méthode de Madame Chassériaud, trois caractéristiques fondamentales apparaissent dans mon histoire de vie avec les enfants africains : le temps dans les rythmes, les sons, l'espace très horizontal (terre, ciel, habitat, végétation pauvre, piste), l'imaginaire poétique à travers les beaux contes. Apprivoiser sa culture, "la prendre" est un acte sacré et les jeunes africains le comprenaient spontanément. Rentrée en France, j'ai eu la possibilité de donner des cours à des adolescents. Très vite, j'ai compris qu'ils travaillaient par force pour "avoir des notes" et qu'ils avaient perdu le vrai goût d'apprendre, d'apprivoiser leur culture. Ce manque de motivation, d'affectivité pour leur histoire, me semble t-il, les perturbaient au point de refouler inconsciemment toute méthode de structuration et de synthèse de l'écrit. Ce vide culturel, ce manque à gagner de "nourriture" intellectuelle, Madame Chassériaud l'appelle "l'illettrisme culturel". J'ai compris que ces jeune souffraient, cachaient ou bluffaient leurs méconnaissances. Ils savent que le vrai savoir n'est pas dans un monde virtuel et que leur personnalité ne sera complète que dans la vraie connaissance structurée de leur histoire.
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